Sur les traces du château de Caen

Situé dans le centre-ville ancien de Caen dominant la basse vallée de l’Orne, le château de Caen est une vaste enceinte flanquée de tours carrées sur une surface d’environ 5.5 hectares.

À l’ouest et au sud, l’escarpement a été taillé pour être plus abrupt. À l’est et au nord, un fossé a été creusé dans le roc, le séparant du quartier du Vaugueux et de la campagne.

Le chateau de Caen, le duché de Guillaume

Caen est l’exemple parfait de ce qu’on appelle un « bourg castral ». Situé dans une plaine agricole florissante, Caen n’échappe pas à la règle et connaît un rapide développement le long de la rive de l’Odon.

C’est le duc de Normandie Guillaume II qui fait de Caen la capitale de son duché, alors simple accumulation de villages, sans forteresse ni fortification, il met en place une véritable citadelle à partir de 1060, qu’il isole par un fossé, dominant la basse vallée de l’Orne. Il ne s’agit alors que de contrôler cette cité qui prend de l’ampleur, d’ailleurs la seule porte était alors au nord.

Mais le duc à de plus grandes ambitions, il souhaite disposer d’un point d’appui sûr en Basse-Normandie. Le site de Caen, à proximité de la mer et à égal distance de Rouen et du Cotentin, est idéal pour y bâtir sa forteresse. La construction du château de Caen et de ses deux abbayes (l’abbaye aux Hommes et l’abbaye aux Dames), montre la volonté du duc d’installer une deuxième capitale dans la partie occidentale du duché de Normandie.

Le chateau de Caen résidence princière

Mais le château endure déjà les critiques du a sa vétusté militaire et le château de Caen semble être davantage une résidence princière où le duc-roi exprime sa puissance et son prestige. Le château assurera un rôle de refuge tout au long du Moyen Âge malgré sa localisation qui le rend vulnérable : dominé au nord par les coteaux où s’élève aujourd’hui le campus 1, il n’est protégé que par une simple tour-porte au nord de l’enceinte

Au XIIe siècle Henri Ier, fils de Guillaume règle cela en édifiant une tour carrée à proximité de la tour-porte. C’est un véritable château à l’intérieur du château qui fait partie des nombreuses tours construites par le roi d’Angleterre.

Chateau de caen intérieur
Chateau de Caen – Canon

La salle de l’échiquier du chateau de Caen

A la même époque, il fait également construire une nouvelle Grande Salle, aujourd’hui connue sous le nom de salle de l’Échiquier qui permet de répondre au faste de la cour royale. Henri II d’Angleterre y accueillera par deux fois, en 1158 et 1173, le roi des Francs Louis VII le Jeune.

Une autre salle d’apparat est édifiée au sud-ouest du grand hall sur l’esplanade surplombant la ville., ce qui est plutôt rare.

Dans la deuxième partie du XIIe siècle, l’intérêt militaire que portent les souverains anglais au château de Caen s’amoindrit. Richard Cœur de Lion concentre alors ses efforts dans la vallée de la Seine.

Par la suite, Jean sans Terre utilisera le château comme prison dans le conflit qui l’oppose à son neveu Arthur de Bretagne en y enfermant ses partisans.

Au XVIIe siècle Philippe Auguste, le roi de France entreprend d’importants travaux afin de moderniser la forteresse, comme ailleurs dans le duché afin d’améliorer les défenses au nord.

Le donjon carré est entouré d’une vaste chemise flanquée à chaque angle par une puissante tour ronde, à l’image du Louvre et isolée par un profond fossé ; l’ensemble est doublé au nord par une autre tranchée tout aussi abrupte en fer à cheval qui forme ainsi une zone tampon appelée Roquette ou Garenne.

Chateau de Caen les tours carré
Les tours carrées du château de Caen

Construction des tours Mathilde et Puchot

L’accès se fera désormais à l’est par la porte fortifiée des Champs. Enfin les tours circulaires appelé tour Mathilde à l’est et tour Puchot à l’ouest sont érigés à la jonction avec les remparts.

C’est alors un « capitaine des Chastel et ville de Caen », qui commandera l’endroit, regroupant ainsi les deux fonctions jusqu’alors séparées

Le château de Caen n’est plus une résidence princière et les visites royales se font rares, Henri IV serait le dernier à y séjourner en 1603.

Mais le château conserve surtout un rôle administratif important et seul Le bailli de Caen, représentant du roi réside au sein de l’enceinte du château dans le Logis du Roi, aujourd’hui connu sous le nom de Logis du Gouverneur, qui abritait les appartements personnels du bailli, une chapelle privée, les bureaux du bailliage et une salle d’audience.

La porte St Pierre

Au XIVe siècle, le château de Caen reprend du service à l’occasion de la guerre de Cent Ans. La forteresse devient la pièce maitresse de la protection de la Normandie. C’est à cette époque qu’intervient la transformation de la poterne sud ouvrant vers la ville en véritable accès fortifié, la porte Saint-Pierre, et la construction de la barbacane de la porte des Champs.

Des actions d’ampleur ont lieu à partir de 1435 quand les Français entament la reconquête de la Normandie mais en 1450 le château perd de nouveau de son intérêt stratégique, le donjon n’est plus entretenu, et les prisons sont fermées.

En tant qu’emblème du pouvoir, le château de Caen reste tout de même la cible de ceux qui contestent la royauté. De ce fait, on continue de l’adapter aux nouvelles techniques de siège. C’est ainsi que François de Silly, bailli de Caen à partir de 1503, fait renforcer les murailles du château en accumulant d’épaisses masses de terre le long des remparts afin d’augmenter leur résistance à l’impact des boulets. Mais quand le château est bombardé lors de la première guerre de Religion, une brèche est ouverte dans les murailles au bout du troisième jour et les catholiques encerclés se rendent. Caen tombe aux mains des protestants.

La porte Saint Pierre

Les derniers faits d’armes du chateau de Caen

En 1620, le roi, assisté par César de Choiseul du Plessis-Praslin, assiège une nouvelle fois le château qui rend les armes en huit jours. Alors que certains proposent de raser le château, le roi lui préfère garder la forteresse malgré son faible intérêt militaire. Ça sera dernier fait d’armes important du château de Caen

En 1789, les révolutionnaires prennent d’assaut le château, puis une nouvelle fois en 1815, mais les 2 fois, les autorités du château laissent rentrer la population sans intervenir.